Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 19:53

Ça sonne comme un sujet du bac de philosophie, non ? Je pousserais même jusqu’à dire que ça sonne comme un sujet usé et délavé du bac de philosophie. Mais n’est-ce pas pleinement d’actualité ? C’est la question que je me pose en allumant ma télévision, ma radio ou en ouvrant un journal.

Au début était le Verbe !
Incroyable pouvoir des mots et des idées que véhiculent nos propos. En janvier 2008, le CODEVI changeait de nom (nous n’aborderons pas ici les autres changements qu’apportait cette décision). Il devenait Livret de Développement Durable. J’y ai d’abord vu, jugement péremptoire d’un âge où c’est encore pardonné, le signe d’une hypocrisie contextuelle. La France entière, baignée du Grenelle de l’environnement, se cherchait une conscience écologique. Et puis je suis tombé sur l’intervention radiophonique d’un linguiste qui expliquait que le langage conditionne notre conception du monde. Ainsi cela devenait évident : Changer les mots pour, in fine, changer les esprits. Pourquoi pas ?

Quelle responsabilité que de vouloir induire un changement pour tous ! Quel poids sur les épaules ! C’est là, que nous glissons subrepticement vers une nouvelle considération : ceux à qui ce pouvoir est donné en font-ils bon usage ? Loin de moi l’idée de proposer une échelle de valeurs dont l’évidente subjectivité intrinsèque fut source de tant d’injustices à travers les siècles. En revanche, il doit être inscrit aux devoirs des citoyens que nous sommes d’exercer une analyse critique du traitement de cette si précieuse information, car c’est bien elle qui nous façonne. Reconnaissons-le, nous les membres de cette société nouvelle, de cette fameuse “société de l’information”. Les mots ne sont décidément pas innocents.

La liberté de la presse peut-elle s’exercer sans aucune responsabilité ? Je ne le crois certainement pas. Mais je constate avec amertume qu’à ce jour tout reste à faire. Du traitement récent de la crise financière à celui des guerres dans le monde, en passant par les violations répétées du secret de l’instruction, le journalisme ne brille pas à mes yeux de cette volonté farouche, qu’il devrait faire sienne, d’exemplarité.
Pourquoi - cette question, si simple et évidente à l’enfant qui parle à peine, et qui pourtant, comme usé par le temps et le nombre, tombe par trop en désuétude à l’âge adulte, nous réduisant à l’état peu enviable de moutons - en sommes-nous arrivé là ? L’argent ? Le pouvoir ? Sans doute. Reste qu’il nous faut encore définir qui sert quel maître et qui se sert de qui. Le journaliste est-il l’instrument d’une volonté tierce pour véhiculer et diffuser des concepts ? Ou l’évènement n’est-il qu’un prétexte journalistique pour asseoir sa toute puissance non démocratique par distillation d’une information bien maîtrisée ? Il me semble que chacun, à défaut d’y trouver pleinement son compte, tente en permanence de tirer la couverture à lui et de pervertir un peu plus le système à son profit.

Comment, dès lors, réinventer - pardon ! - réimplanter la responsabilité de bien informer dans le concept de liberté d’expression ?
L’éducation ? Évidemment, inscrire cette démarche dans la durée est essentiel. Mais il y a fort à parier que le plus ardu des travaux d’Hercule n’eut pas été considéré a priori comme plus grande gageure que l’idée de rendre à la conscience journaliste la modestie qui lui fait si cruellement défaut.
Le désintéressement ? Il pose le délicat problème des ressources de financement que notre service public de l’audiovisuel connait bien en ce moment. Et pour quelle efficacité ? S’asseoir sur l’audimat et faire fi des conséquences financières ? Sera-ce salvateur à la rigueur journalistique ? L’indépendance financière a contrario en est-elle forcément la source ? Plus de questions que de réponses…
La contrainte ? A l’âge où l’extrémisme - le jusqu’au-boutisme, devrais-je dire - de nos 20 ans n’est pas tout à fait éteint, il me plaît à penser que cela reste le levier inévitable d’un résultat plus probant dans un temps court. Ahaaaa la punition ! Élément incontournable de la construction psychologique de l’individu vivant en société. Rouvrir Cayenne ? Quand même pas ! Mais pourquoi ne pas priver - temporairement - de sa faculté d’informer le journaliste qui publie une information dont la véracité n’est pas établie ? On applique bien l’inéligibilité à celui qui triche en politique ou encore l’interdiction de vol à celui dont l’avion passe trop près de celui du 1er ministre.

Nous aurons gagné lorsque nos ondes et nos pages ne véhiculeront plus jamais de formules telles que “selon des sources bien informées, proches de…” suivies d’un conditionnel plus que précautionneux. Il est absolument impératif que survive le journalisme d’investigation dans un monde démocratique - et ce, afin qu’il le reste autant que faire se peut - mais cela ne doit pas se faire à n’importe quel prix. La dénonciation d’abus ne peut tourner systématiquement à la dénonciation calomnieuse. Plus encore, les quelques procès retentissants - livrant à la vindicte populaire, par une diatribe médiatique péremptoire, une poignée de vieillards usés - valaient-ils le massacre durable de la crédibilité de toute la classe politique ? En avons-nous mesuré toutes les conséquences ?
Enfin, et en guise de conclusion, ayant toujours eu un goût prononcé pour le poste d’avocat du Diable, je laisse en pâture à vos perspicaces analyses un jusqu’au-boutisme final : “Préférez-vous un chef d’État reconnu comme honnête mais malhabile ou l’un de ceux dont on se doute, sans en être certain, qu’il n’est pas tout blanc - loin s’en faut parfois même - mais qui fait rayonner la grandeur et la puissance de la France ?”
Clignement d'œil L’année prochaine, au bac de philo, il faudra penser à faire plancher les étudiants sur le paradoxe de l’âne de Buridan ! Clignement d'œil

Partager cet article

Repost 0
Published by Franz - dans Médias
commenter cet article

commentaires

DEVISE & OBJECTIF

« S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème ! » disait la devise Shadok.
Ça me paraît un excellent point de départ...

 

Shadok Devise

Archives