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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 19:54

S’il est un sujet source de contentieux de longue date, de longue tradition peut-on dire Clignement d'œil , dans notre pays dont l’esprit gaulois ne se dément pas, c’est, pour sûr, la lutte des classes. Négociations à l’embauche, négociations annuelles de revalorisation des grilles salariales, conflits sociaux liés aux conditions de travail, aux plans sociaux et autres restructurations et délocalisations, sont autant de prétextes pour mettre en exergue cette incompréhension réciproque des entrepreneurs et de leurs salariés. S’il est évident que l’actualité met en lumière les profits des uns et la misère (parfois) des autres, il est moins évident d’induire un mouvement de rapprochement de ces deux mondes pourtant liés de façon inaltérable. Le salarié est-il prêt à prendre les risques juridiques et financiers de son employeur ? Le “patron” est-il encore capable de prendre la sueur au front de ses ouvriers, pour paraphraser Coluche ? Ce même Coluche, sarcastique, qui affirmait que Dieu avait partagé en deux : la nourriture pour les riches et l’appétit pour les pauvres. Faut-il s’en contenter ?

Le thème sous-jacent de cette problématique est bel et bien celui de la rémunération du travail. Difficile de sortir de la subjectivité d’une telle réflexion. Ce qui constituera une “juste” rétribution d’un travail pour moi, le sera-t-il pour un autre ? Il y a fort à parier que non. Nous faisons alors face - et il n’y a pas plus actuel, brûlant, mais aussi pérenne débat - à une couche supplémentaire d’incompréhension : les intérêts catégoriels. Qui d’entre nous n’a jamais pesté ou juré une grève de l’Education Nationale ou des Cheminots parce qu’il devait trouver une garde pour ses enfants au débotté ou faire du covoiturage pour aller au travail ? Doit-on conspuer nos enseignants ou chercher à les comprendre ? Nous ne sommes que très peu incités à la seconde posture par des médias dont la responsabilité dans notre compréhension est grande sans qu’ils y attachent d’importance plus que relative. (Voir mes propos sur ce sujet plus particulier).

A titre d’exemple, j’ai reçu, il y a peu, un email de charge exemplaire contre les projets Darcos du moment. Avant de transmettre ce message à tout mon répertoire - comme il m’était d’ailleurs proposé de le faire rapidement -, j’ai pris le temps de recueillir l’avis d’un proviseur de lycée de ma connaissance. Ô surprise ! J’ai reçu un avis posé et mesuré - ça change ! - m’expliquant que tout n’était pas bon, bien sûr, mais que l’essentiel tenait surtout de la rationalisation d’un système trop mal fagoté.Tous ne peuvent être de cet avis, certes. Mais que nous n’entendions jamais de points de vue d’intéressés autres que discordant de la voix du gouvernement me paraît déjà un signe inquiétant de manipulation des masses par une information parcellaire et partisane - pour ne pas dire le fond de ma pensée, plus radicale… en fait, racoleuse et démagogue -. Fin de parenthèse.

Je ne suis pas certain qu’il nous faille faire preuve d’une imagination débordante pour proposer un regard neuf sur le salaire du travail. La rémunération très importante d’un dirigeant d’entreprise est loin de me choquer. Que son salaire soit cinquante fois le mien me paraît amplement justifié au regard du temps qu’il y consacre ou des risques qu’il prend - car n’oublions pas que la responsabilité pénale du dirigeant reste un élément clef pour appréhender la justesse de la contrepartie financière (voir en ce sens les récents procès suite à l’incendie du tunnel du Mont Blanc ou à l’explosion de l’usine AZF) - ou encore de l’investissement financier qui a pu être le sien.

Les grilles salariales peuvent et doivent être régulièrement discutées mais avec l’apaisement que seule la pondération des enjeux peut apporter. Je m’explique. Les négociations se font aujourd’hui dans un contexte où, chacun tirant la couverture à lui, l’un demande trop pour avoir plus que peu et l’autre offre trop peu pour avoir à donner moins que plus. La pérennité de l’entreprise ne se brade pas, à tous points de vue, ou tout le monde y perd. Mais, a contrario, la survie et la motivation des employés ne se discute pas non plus. Chacun en est conscient. Quel espace reste-t-il ?

Certaines entreprises l’ont trouvé : le partage des fruits d’un travail partagé. Beaucoup de “grosses boîtes” ont déjà mis en place intéressement et participation mais sans aller jusqu’au bout d’un raisonnement salvateur. L’exemple de l’ANCV (la société du Chèque Vacances) m’a frappé. Voilà une entreprise où la secrétaire dispose d’un salaire d’à peine 20.000 € par an pendant que le P.-D.G. en empoche plusieurs centaines de milliers. Pas le même parcours, pas les mêmes études, pas le même boulot. En revanche, chacun est primordial dans cette chaîne qui construit la réussite de l’entreprise. L’intéressement et la participation sont donc répartis à parts égales entre les différents membres du personnel : Notre secrétaire perçoit 20.000€ de plus, son P.-D.G. autant, mais sans plus. Ce qui est le paiement d’un salaire doit rester adapté car nous ne fournissons pas tous - et loin s’en faut - le même effort et le même engagement. Mais la distribution des fruits de l’entreprise me semble le passage obligé de la normalisation des rapports des partenaires sociaux. Le patron n’a pas plus de mérite, à son niveau d’action, d’avoir négocié un gros contrat, que la secrétaire sur les épaules de laquelle repose une bonne part de l’organisation ou qui fidélise les clients par un accueil de qualité.

Après le partage, l’union. Il est urgent de développer l’actionnariat salarié. C’est d’abord réconcilier le salarié et l’actionnaire, lier durablement le revenu du travail et celui du patrimoine. C’est, ensuite, inscrire dans le temps le lien entre l’homme et son entreprise. C’est, enfin, impliquer le travailleur, le salarié, le collaborateur - chaque terme étant à ce jour chargé de significations sous-entendues - dans les décisions, l’amener à comprendre, discuter, approuver ou pas les grands choix : C’est le mettre dans le fauteuil du chef d’entreprise.

Rendons à chacun la fierté d’être cette part essentielle d’une réussite. Rendons à l’entreprise cette dose de “collectif” qui fera de nouveau sa force. Brisons cet élan individualiste qui fait de chacun de nous un mouton seul et perdu qui n’a plus de panache à défendre ni de raison de se battre que celle de sa propre survie.

Quand s’éteindra l’Envie, la Colère n’aura plus de raison d’être.

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Published by Franz - dans Travail
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DEVISE & OBJECTIF

« S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème ! » disait la devise Shadok.
Ça me paraît un excellent point de départ...

 

Shadok Devise

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