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29 novembre 2010 1 29 /11 /novembre /2010 13:24

Depuis ce temps qu’on nous le répète, nous finirions par croire qu’il est nécessaire de réformer l’Éducation Nationale. Est-ce vraiment le cas, je n’en suis pas sûr.

Il est toujours facile, et par conséquent tentant, d’invoquer la nécessaire réforme d’un système qui ne produit pas avec exactitude les effets escomptés. Qu’entendons-nous aujourd’hui ? Inadéquation entre la formation et le monde du travail, classes surchargées parce qu’il n’y a pas assez de professeurs, ces mêmes professeurs qui sont insuffisamment formés avant d’être jetés en pâture à nos “fauves”, filières dévalorisées, et j’en passe…

Je ne suis pas de ceux qui regardent constamment en arrière. On ne peut pas aller de l’avant avec les yeux rivés sur le rétroviseur. Ces expressions (« C’était mieux avant » ou « De mon temps »), maintes fois entendues par chacun d’entre nous dans la bouche de nos anciens, ne sont, à mon sens, que le reflet d’un courage légitimement usé par le temps. Mais, comme en toute chose, l’excès est mauvais. Le tort premier de notre jeunesse – sans doute de toutes les jeunesses depuis le fond des âges – est de se sentir la nécessité de piétiner ce passé, qui est, indirectement ou pas, le leur, pour asseoir crânement leur quête d’identité, leur affranchissement de la tutelle parentale.
L’Histoire doit nous permettre de construire un futur enrichi de toutes les expériences. C’est comme cela qu’on évolue, au lieu de bégayer.

A la lumière de cette exigence, peut-on encore raisonnablement dire que la surcharge de nos classes est un facteur d’échec scolaire ? Penchons-nous quelques instants sur les classes de nos parents, de nos grands-parents. Allez-y ! En toute confiance ! Ouvrez les tiroirs, regardez ces vieilles photos jaunies par le temps et, passé ce premier attendrissement de piété filiale, comptez donc les élèves… Alors pourquoi, de nos jours, 25 ou 30 élèves n’obtiennent plus de bons résultats ? Deux facteurs méritent d’être mis au cœur du débat : La discipline et l’implication des parents, le premier étant probablement le résultat du second. A partir d’un certain moment, dont je ne saurais dire quand il a débuté, les parents ont renoncé à l’exercice de leur autorité sous sa forme primaire, voire primale. On a commencé à discuter nos choix de parents avec nos enfants. C’était, pensions-nous, une façon de les aider à comprendre et à grandir. Nous pensions leur offrir une explication. Grand mal nous en a pris : Ils en ont évidemment déduit qu’il s’agissait d’une consultation. Et pendant que nos enfants s’émancipent doucement, la respectabilité institutionnelle de l’instituteur fond comme neige au soleil car il n’est pas de raison qu’il échappe à cette même mécanique. Quand nos enfants auront rendu le respect inconditionnel qu’ils doivent à leurs enseignants, ces derniers redistribueront leur temps, aujourd’hui dédié au maintien de l’ordre, pour en faire des instants de suivi des élèves. Mais pour cela, il ne faudrait pas oublier que le professeur forme pendant que les parents éduquent !

Arrivés à ce point crucial où nos enfants seront redevenus « sages comme des images » en classe, faut-il vraiment s’étendre sur la formation de nos enseignants ? La principale critique que j’entends sur la mastérisation de leur formation, c’est le manque de pratique. Soyons raisonnables ! Combien d’entre nous ont bénéficié d’une formation en alternance ? Combien s’en sortent parfaitement en ayant commencé “sur le tas” ? Il faut évidemment proposer une aide concrète aux nouveaux professeurs afin de les aider à construire leur premier contenu éducatif, mais il est insultant de les traiter comme des incapables majeurs après tant d’années d’étude. Sans problème aggravé de discipline, je doute qu’ils aient du mal à s’en sortir, non ?

Je finirai avec cet épineux problème des filières, dont il est dit qu’elles sont trop favorisées pour les unes, dévalorisées pour les autres, et très largement critiquées pour ne pas fournir au monde du travail des employés hautement qualifiés dès 18 ans (sic !). Les baccalauréats A, B, C, D, E, F, G, etc. à mon époque (si ma mémoire est bonne) sont devenus L, ES, S, ST2S, STI, STG, STL, STAV, etc. Les choses ont-elles vraiment changées ?  Pas si sûr… Le bac C (scientifique) de l’époque était déjà une ambition pour les ambitieux. Le A (littéraire) était déjà fait pour les “nuls en mathématiques”. Quant au B (économique), il flottait alors sur la réputation de ses apprenants une ombre d’incapacité à avoir pu prétendre aux deux premières. Nous en sommes toujours là dans les esprits.
C’est bien avant, qu’il faut traiter le sujet. Je ne crois pas à la spécialisation avant le bac, disons le tout net. C’est, à mon avis, le seul point qui mérite rapidement une réforme en profondeur. Une première raison, très basique : Comment un enfant de 13, 14 ou 15 ans peut-il raisonnablement effectuer un choix qui engage sa vie ? Il faut aussi en analyser les conséquences : Le marché de l’emploi est changeant. Nos jeunes ayant pris des virages trop prononcés prennent le risque de se voir, à l’arrivée, devant de bouchés débouchés et trop peu généralistes pour se recycler de façon acceptable. Voilà la seconde difficulté : Notre système éducatif produit des individus mono tâche. Spécialisés trop tôt, ils deviennent incapables de prendre du recul sur les difficultés qu’ils rencontrent dans leur vie professionnelle comme dans leur vie personnelle. Ils n’ont pas acquis le réflexe de faire appel à plusieurs disciplines pour affronter un problème. Ils se sont construits sur un seul axe en négligeant les autres. Le manque d’Histoire leur fera oublier les échecs à ne pas reproduire, le manque de Mathématiques les laissera sans méthodologie, le manque de Français, enfin, leur fera oublier le sens de la nuance… « Non ! Jeune homme, il ne faut pas dire “mortel” si ce film vous a plu, puisque vous en êtes ressorti vivant !!! Non, Mademoiselle, “trop” ne peut pas s’utiliser avec tout et n’importe quoi, et encore moins des anglicismes  du genre de “cool” !… Etc. ».

Le “monde impitoyable de l’emploi” comme il est décrit aujourd’hui, le gouffre qui se creuse entre les dirigeants et les dirigés pourrait très bien tenir à cette simple médiocrité des esprits. Construisons nos jeunes adultes pour en faire des gens capables de réfléchir au lieu d’en faire des moutons et nous avancerons.

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Published by Franz - dans Éducation
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DEVISE & OBJECTIF

« S'il n'y a pas de solution, c'est qu'il n'y a pas de problème ! » disait la devise Shadok.
Ça me paraît un excellent point de départ...

 

Shadok Devise

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